[./himspeechspag.html]
MESSAGE ENVOYE PAR SA MAJESTE IMPERIALE HAILE SELASSIE 1er, LE 30 NOVEMBRE 1949, A L'HONORABLE SECRETAIRE-GENERAL, NATIONS UNIES. Nous, Hailé Selassié 1er, Empereur d'Ethiopie, membre fidèle des Nations Unies, considérons de Notre devoir d'élever à nouveau humblement Notre voix dans un esprit profond des obligations envers Notre Peuple et afin de préserver la justice dans les relations humaines. J'ai été, au cours de ma vie, plus qu'aucun autre, attaché avec une foi et à une dévotion inébranlables à l'idéal d'une communauté de nations basé sur l'équité et la justice. Je puis affirmer, avec peut-être une fierté pardonnable, que j'ai été le seul Souverain d'un peuple indépendant, à un moment de sa destinée, ayant assisté à une Assemblée des Nations, dans le but de défendre ma nation martyrisée afin de clamer au monde une prophétie que les évènements historiques ultérieurs ont prouvé comme étant seulement trop vraie, au sujet des conséquences catastrophiques qui devaient et qui, en fait, ont conduit à la Deuxième Guerre Mondiale. En ce moment critique j'ai la certitude que cette leçon de l'histoire ne me donne pas seulement le droit, mais m'impose également le devoir sacré d'attirer, une fois de plus, l'attention du monde sur les suites inévitables lorsque l'on préfère l'apaisement à la justice. Un protagoniste Français éminent et ardent du concept de la solidarité humaine affirmait qu'il est bien de se rappeler que le degré de déception provoquée par le fait de ne pas respecter les conséquences de ce concept de l'universalité des nations, peut être mesuré seulement par le degré de dévotion et d'espoir que toute nation place en un pareil idéal.. Certainement, l'espoir et la dévotion que moi et mon peuple avons consacré à cet idéal étaient illimités. Les leçons du passé et de l'histoire présente se rapportant à l'Ethiopie et à l'ancienne Somalie Italienne, et tous les aspects ethniques et économiques du problème, présenté si habilement et de façon convaincante par ma délégation à cet aéropage des nations, ont manqué cette fois-ci de persuader la majorité de l'Assemblée de donner satisfaction aux justes réclamations de mon pays. Par décision de l'Assemblée, l'Italie a été chargée de l'administration de la Somalie et comme conséquence de cette décision l'Italie redevient la voisine de l'Ethiopie. La grande expérience du passé qui nous est familière, comprenant les évènements récents, Nous contraint à déplorer profondément cette action. Il est de notoriété publique que le voisinage de l'Italie, qui nous a été imposé, n'a jamais apporté à notre pays que des misères et des calamités, et que ceci constituait la source de grands dangers pour notre sécurité nationale. C'est bien de tous les territoires avoisinants que toutes les provocations et attaques contre notre pays furent préparées et déclenchées, incluant la fomentation des disputes locales et de toutes sortes d'incidents parmi ces populations, que ce soit par la corruption d'argent ou par des promesses, et cela dans le but d'attribuer ultérieurement à l'Ethiopie la responsabilité de ces troubles. L'évidence de ces faits est déjà démontrée amplement et en Erythrée et en Somalie. Puisse ce message rappeler la leçon du passé à la mémoire de tous les hommes de bonne volonté. La décision de l'Assemblée d'imposer à l'Ethiopie le retour de l'Italie dans un territoire avoisinant, non séparé de l'Ethiopie par des frontières délimitées, représente un danger qui constitue la leçon du passé, ce danger devenant maintenant certain, inévitable et menaçant. C'est ainsi que l'Italie est en train de mettre sur pied ses préparatifs militaires destinées à la Somalie. A ce sujet, personne n'est mieux qualifié que l'Ethiopie de donner une véritable image du danger que causerait la présence de l'Italie dans des territoires limitrophes. L'Assemblée, présumant que la nouvelle Italie pourrait changer d'une manière miraculeuse sa façon de penser et d'agir, a oeuvré, à mon avis, sous l'effet d'une illusion dangereuse. L'administration italienne a apporté à la Somalie pauvreté, misère, discrimination raciale, corruption et faveurs pour certains. Ce sont là des faits clairement établis dans des rapports officiels a la portée de tout le monde. Il est dit que la nature humaine reste inchangeable. Nos craintes naissent de cette continuité, de cette immense inertie de l'histoire passée et récente travaillant comme une force ininterrompue. Le fantôme de l'impérialisme passé, réincarné sans interruption dans ta tutelle Italienne, jette une ombre épaisse sur l'avenir de la Somalie. Comment peut-on s'attendre à ce que la même Italie, laquelle pendant 60 années d'occupation du territoire n'a rien apporté aux habitants que son exploitation impérialiste, puisse être en mesure de les préparer en dix ans a leur indépendance? Si on devait attribuer au mot indépendance son vrai sens, celle-ci serait réalisée de la meilleure façon par la réunion avec la Patrie à laquelle ta Somalie est rattachée ethniquement, économiquement et géographiquement. Qui peut prédire quelles seraient les conséquences de cette décision capitale lorsque l'on pense à la course fantastique de l'humanité à travers les permutations toujours nouvelles du pouvoir ? Nous savons que la population de la Somalie a protesté et qu'elle proteste violemment contre une décision qui assujettirait ce peuple son ancien oppresseur. A ce sujet, nous devons noter le fait de la violation des principes dans le refus d'une suggestion d'envoyer, comme dans le cas de l'Erythrée, une Commission d'Enquête dans l'ancienne Somalie Italienne, où les habitants sont fermement opposés au retour de 1'administration Italienne sous quelque forme que ce soit. En votant pour imposer à nouveau l'Italie dans le territoire de ses anciens exploits impérialistes, les membres de semblent avoir aisément oublié les leçons de l'histoire, dans leur désir d'obtenir un arrangement facile et opportuniste. Quant à l'Ethiopie, nous ne pouvons pas , et il ne peut être exigé de nous, d'oublier ou de fermer les yeux sur ces leçons, et cela par souci de notre sécurité nationale. Nous combattons pour nos droits sacrés, pour les droits de l'Ethiopie si brutalement touchés dans le passe et pour les droits naturels de ceux de nos peuples dont nous sommes séparés par actes d'impérialisme. Je prends note que cette décision de l'Assemblée, prise au mépris des droits inaliénables de 1'Ethiopie sur le Bénadir et sur d'autres régions de la Somalie, met en danger la sécurité nationale de mon pays. C'est une grande consolation pour moi de noter avec une suprême gratitude qu'au cours des récentes délibérations de l'Assemblée, l'Ethiopie non seulement n'a pas perdu des amis mais, au contraire, a gagné à sa juste cause beaucoup de sympathies loyales et solides. Nous envoyons nos remerciements les plus profonds et les plus sincères à tous ceux qui nous ont soutenu, comme par le passé, dans nos heures d'épreuve. C'est mon fervent espoir, en tant que Souverain d'un Etat, membre fidèle des Nations Unies, que cet organisme suprême de la démocratie mondiale puisse finalement trouver la possibilité de corriger et de compenser d'une manière adéquate, afin d'amender en temps utiles l'injustice commise envers un peuple innocent et que par la grâce de Dieu, l'Ethiopie puisse recevoir la justice qui lui est due. En cette heure de déception suivant à la longue période d'attente et d'espoir dans les principes de justice et de sécurité collectives, il est de mon devoir de présenter à l'Assemblée, au moyen de ce message, la véritable image de cet espoir mis en danger par la décision prise par l'Assemblée. Ce devoir accompli, je désirerais en terminant, exprimer l'espoir que je vivrai assez longtemps pour voir le jour où la justice et la vérité triompheront finalement des luttes mesquines et vaines de l'heure présente. ADDIS-ABEBA 30 NOVEMBRE 1949. HAlLE SELASSIE I EMPEREUR. Retour Page Précédente
[Web Creator] [LMSOFT]