The Carribean : L’appel du Lion Le frêle petit visiteur, dans tout son apparat militaire, un revolver en bandoulière, se tenait majestueusement dans la Bentley qui attendait à Port of Spain, la capitale de Trinidad & Tobago. Des milliers de Noirs attendaient alignés dans la rue le coeur rempli de joie, un homme retira même sa chemise pour la déposer avec révérence sur le passage de l’auto qui transportait le visiteur, puis, plus tard, un peu plus de mille écoliers se lancèrent dans une danse spectaculaire. Ensuite, tandis que les prêtres murmuraient des prières et que le grand prêtre lu un discours long et touchant dans une église de fortune située dans les faubourgs de Port of Spain, le visiteur assis sur un trône couvert d’un dais violet observait, impassible. C’est ainsi que démarra une semaine de visite pour Hailé Selassié, Empereur d’Ethiopie, Lion de Judée, Roi des Rois et Elu de Dieu dans les trois minuscules régions Noires que sont Trinidad & Tobago, la Jamaïque et Haïti. Une chance de se glorifier Qu’est-ce qu’un homme reconnu comme étant Elu de Dieu faisait-il dans les Caraïbes à 7500 miles de son Royaume ? Par lien familial, en quelque sorte…Les habitants des trois régions, parmi lesquelles beaucoup d’ancêtres étaient issus d’Afrique ont démontré un grand sens de la Fraternité et des sentiments profonds envers les leaders Africains, et en particulier en faveur d’un Roi tel que Selassie. Ils ont échangé sur des sujets communs à chacun, tels que l’histoire du colonialisme, le métissage des populations et les problèmes économiques. Depuis qu’ils ont obtenu leur indépendance en 1962, Trinidad & Tobago aussi bien que la Jamaïque, ont vu leur économie décliner et le phénomène de chômage s’étendre. Ainsi en était-il également pour Haïti dont l’économie ne fut toujours qu’un grand désordre qui empirait chaque année. La visite de Selassie qui se déroula en grande pompe du début à la fin, permit aux gens de prendre conscience de tels problèmes pendant ces quelques jours, et donna à leurs leaders une chance de se glorifier de la Présence de Selassie. Le Premier Ministre de Trinidad & Tobago Eric Williams, qui avait offert cette invitation à l’Empereur deux ans auparavant, s’assura de rendre son visiteur bien visible, assista aux réceptions et déploya de nombreuses guirlandes et autres têtes d’angle. Dans la petite chambre parlementaire de la région, la « Red House » , Selassie remplit chacun de joie en appelant à des relations plus étroites entre ces deux peuples formidables que sont ceux d’Ethiopie et de Trinidad & Tobago. Dévorés et piétinés. A la seconde destination de Selassie, Kingston en Jamaïque, l’aéroport était comble de par 2000 Noirs, membres d’une minorités appelés Rastafarians qui rendent un culte à Selassie comme étant Dieu sur Terre et désirent du gouvernement jamaïcain de les rapatrier à « la maison » en Ethiopie. Le Premier Ministre Sir Alexandre Bustamante, 82 ans, dissuadant un tel rapatriement, dit d’un air désabusé : « Nous devons les protéger, ils s’étendraient dans la jungle, seraient piétinés par les éléphants et dévorés par les lions. » Non découragés de cela, les Rastas élevaient de grandes pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Louanges au oint du Seigneur » et chantaient « Selassie est le Christ » ou encore « Bienvenue à notre Dieu et Roi ». Quelque peu prit au dépourvu, Selassie fut rapidement dirigé dans une auto qui le conduisit à toute allure à une réception, où il fit remarquer poliment combien cet accueil était « au delà de toute espérance. » Durant son séjour, Selassie fut reçu par Bustamante, souffrant et aveugle de la cataracte ; il reçu un Diplôme de Doctorat de l’Université des West-Indies à Kingston puis parti visiter Montego Bay. Dans une adresse au parlement jamaïcain à la « Gordon House », il fit suggestion d’un programme d’assistance en des termes assez vague. « Nous devons développer des échanges matériels et engager d’autres coopérations. » dit-il. « Nous devons nous souvenir que bien des états aujourd’hui, représentant la majeure partie de ce monde, sont encore faibles, mais se sont renforcés par des processus d’assimilation et d’associations. » Honneur Douteux. D’unes des régions nouvelles de l’hémisphère, Selassie programma de procéder à la visite d’une autre région plus ancienne, Haïti. Ici, les rênes du pouvoir sont si sombrement tenues par le dictateur François « Papa Doc » Duvalier, que le pays est difficilement en meilleure forme que lorsqu’il gagna son indépendance de la France en 1804. Déterminé à donner la meilleure réception qui soit à Selassie, le gouvernement racla dans les profondeurs de ses caisses vides pour en tirer 100,00 dollars, employés pour la plantation de drapeaux tout le long des trois kilomètres séparant l’aéroport de Port au Prince. Des drapeaux festifs furent placés à travers toute la ville, puis on fit répandre de l’eau fraîche tout le long de la route afin que le Lion de Judée ne fut pas importuné par la poussière. Le plus grand rassemblement de foule autours de Selassie fut le jour de l’inauguration de la route qui venait toute juste d’être achevée, et qui allait porter le nom de « Boulevard Haile Selassie ». Il en fut ainsi en Haïti, toutefois, la dédicace d’une route semble tout de même être un honneur douteux. Alors qu’il était conduit dans la ville de Port-au-Prince, Selassie eût un bon aperçu du Boulevard Harry Truman qui longe la côte maritime. Ce Boulevard est à présent recouvert de 15 cm de boue et complètement impraticable. (Extrait du Times, article paru en Juin 1966. Traduction : Ras Harold)
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